Propriétaire en Guadeloupe, le mirage d'un retour au pays ?


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Photo by Javier Allegue Barros on Unsplash

Ces derniers temps nous en avons souvent parlé mais avons-nous réellement eu le temps d'y réfléchir sérieusement ?

Vous savez... on m'a toujours dit que "l'argent se trouve dans la pierre". En terme d'investissement, il n'y a pas meilleur choix. J'entendais nos aînés régulièrement dire (jusqu'à maintenant) avec fierté "an ni tè" à tel endroit, "an ni tè" quelque part d'autre et j'en passe. Par conséquent, toute personne entendant ce genre de discours éprouve une fierté, se dit que cette personne "a de quoi", cette personne a un patrimoine, de quoi laisser quelque chose de concret à ses enfants.

Vous voyez ou je veux en venir ou pas ?

Continuons.

Les années passent et force est de constater que ces discours n'étaient pas forcément vrais. Quand tu constates qu'avec le temps que les enfants de ces "grandes personnes" n'ont pas fait fructifier ce patrimoine ou même n'en a pas hérité voire même l'a vendu (le plus souvent pour une bouchée de pain), on se pose des questions. Quand tu entends à répétitions et surtout ces derniers temps: "Je veux m'installer au pays, mais je n'ai pas les moyens d'être propriétaires", "Construire ma maison me revient à trop cher", "Je ne peux pas m'acheter une maison dans ma commune natale alors que mes parents y vivent", "ki moun ké viv an kaz la lè untel ké mó ?" etc. pour ne citer que ces exemples. Vous comme moi connaissons au moins une personne dans cette situation si ce n'est nous-même. 

Alors que se passe-t-il vraiment ? À quel moment cela a-t-il dérapé ?

Il y a tellement d'obstacles à surmonter que cela devient littéralement le parcours du combattant afin d'obtenir un titre de propriété. 

Un seul mot me donne même mal à la tête... SUCCESSIONS. Oui ce mot. J'ai l'impression que nous n'attachons pas assez d'importance au fait d'avoir un notaire, un avocat. L'importance d'avoir une personne compétente dans le domaine. 

Comment ses successions font-elles saboter quasi tout le patrimoine d'une île ? Comment des querelles familiales, des négligences, des insouciances en terme de gestion patrimoniale, ont fait que notre avenir sur notre île natale est remis en jeu par notre propre famille ? Comment nos familles laissent à l'abandon tout un pan de leur histoire ? La Guadeloupe perd ses habitants, comment endiguer ce phénomène ? 

Je vais vous prendre divers exemples :

a) Un jeune qui veut construire sa maison sur le terrain familial 

Ce jeune est un cas assez récurrent. Il part en France hexagonale à 18 ans après l'obtention de son baccalauréat faire ses études. Une fois diplômé il trouve tout de suite un emploi, mais des années après il ressent un besoin de retourner sur son île natale car il veut contribuer au développement de celle-ci. Et pourtant les parents n'étaient guère enthousiastes car "il n'y a rien au pays, là-bas c'est mieux". N'écoutant que son cœur, il sent qu'il doit y retourner, c'est là qu'il y a ses racines.

Le terrain familial étant assez grand pour qu'il puisse y construire sa maison il décide d'en parler à son père (sachant que celui-ci occupe la maison que détenait son grand-père). Son père n'y voit pas d'inconvénient mais il faut noter que sur ce même terrain familial, il y a également la maison d'une tante et d'un oncle. Afin de faire construire sa maison, le jeune a besoin d'un certain nombre de papiers.  Alors que peut-il faire ? 


b) Un couple qui souhaite acheter une maison avec vue sur mer 

Ayant vécu des années à l'étranger, un couple désire rentrer au pays. Pour cela, ils veulent acheter une maison en bord de mer dans la commune où réside leurs familles. Le couple envisageant d'avoir des enfants, il leur faudrait une maison avec deux ou trois chambres. Ils cherchent une maison dans la commune de Saint-François, mais sont également attirés par la commune de Deshaies. Ils épluchent les annonces sur les sites des agences immobilières. Et puis, une annonce leur tape à l'œil.

Ils reconnaissent la maison + terrain que tata a vendu il y a une année pour la modique somme de 80 000 euros et était toute contente, car selon elle, elle avait négocié à la hausse comme une vraie patronne. Certes la maison est rénovée, tout y est très beau mais quelque chose dérange un peu le couple... Le prix.

La maison + terrain vue sur mer de tata est vendu 800 000 euros. Autant vous dire qu'ils n'ont pas digéré.  Le couple constate que Saint-François est une commune bien trop chère et Deshaies de même. Alors que me dites-vous ? Certainement que ce couple "n'est pas la cible recherchée" par ces annonces, n'est-ce pas ?

Ces cas sont loin d'être isolés. Beaucoup de jeunes tenant à rentrer au pays s'y retrouvent. Car pas mal "d'anciens" n'ont jamais vu le potentiel de ce qu'ils détenaient et l'ont vendu trois fois rien ou même, ont tout simplement laisser à l'abandon. 

De part de nombreuses discussions avec des guadeloupéens de ma  génération, le sentiment de "devoir toujours recommencer" est le plus ressorti. La génération de nos grands-parents qui n'ont pas éduquer leurs enfants assez à ce sujet et encore moins nous petits-enfants. Alors que dans certaines familles, hériter n'est que futilité, tout est organisé depuis la naissance. Et le patrimoine prospère sans embûches. Beaucoup s'en plaigne, mais à qui devons-nous réellement demander des comptes ? 


Qu'allons-nous laisser à nos enfants ? Un ou plusieurs terrains en indivision ? 


Si vous ne voyez toujours pas le problème, je vous invite à regarder ce reportage intitulé "Quand vivre au pays devient trop cher" d'Envoyé Spécial  diffusé le jeudi 21 octobre sur France 2: 




Êtes-vous dans cette situation ?

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Commentaires

  1. Salut! Jsuis passé par là et franchement c un problème important à régler v. J'avais pour projet de m'installer il y a 3 ans j'ai vite déchanté . je voulais construire ma maison sur le terrain que mon père avait mais impossible d'avoir son titre en plus çaa créé des tensions. Du coup pas de crédit de la banque. Quand je cherche une maison c cher et je ne veux pas louer. Ici j'ai un salaire de misère alors que là-bas je touche largement plus. J'ai dû repartir le cœur serré. Merci pour l'article en espérant que les gens prendront conscience.

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  2. Très pertinent
    Le docu d'envoyé special m'attriste au plus haut point. je ne vois aucune solution à la fuite de nos habitants.
    Bon article surtout avec le contexte actuel

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